mercredi 3 septembre 2014

ATTALI s'exprime

INTERVIEW - L’essayiste, président de PlaNet Finance et ancien conseiller spécial de François Mitterrand de 1981 à 1991 réagit à la démission du gouvernement Valls et à la ligne économique de l’exécutif. « Ce qu’il nous faut, c’est un grand programme socio-démocrate. », déclare-t-il aux « Echos ». François Hollande et Manuel Valls ont-ils raison de clarifier la ligne économique lors de cette rentrée ? Absolument. Leur ligne politique est raisonnable. Ils ont raison de garder le cap et lancer enfin les réformes tant attendues. D’ailleurs, je n’ai pas entendu de réformes précises, de programme étayé de la part d’Arnaud Montebourg. Il n’a pas non plus, me semble-t-il, montré de différence de fond avec le président de la République et le Premier ministre. Il ne remet pas vraiment en cause le Pacte de responsabilité et ne fait pas de proposition alternative. Arnaud Montebourg reste dans la posture et je le déplore. Le pays souffre-t-il d’un déficit de demande ou d’une offre non compétitive ? Evidemment, il s’agit d’abord d’un problème d’offre. Avant de tonner haut et fort que la demande actuelle est insuffisante, il faudrait que l’économie française puisse y répondre. Or, ce n’est pas le cas aujourd’hui. Je vous rappelle que la balance courante française est déficitaire à hauteur de 4 % du PIB. Cela signifie que l’économie française ne satisfait pas la demande qui lui est adressée, qu’elle achète de plus en plus à l’étranger. Il y a aussi une énorme demande venant des 7 milliards d’habitants de la planète que nous ne savons satisfaire. Le problème, c’est que ni Jacques Chirac, ni Nicolas Sarkozy, ni François Hollande n’ont mis en œuvre les réformes nécessaires. Ce n’est que depuis cette année que François Hollande évoque la réforme du travail le dimanche, la suppression des seuils sociaux, la réforme territoriale. Les dirigeants français sont soit dans la posture, soit dans la révolution. Jamais dans la réforme. Que peut faire l’exécutif ? La France n’a pas besoin d’un personnel politique qui gesticule en permanence. Ce qu’il nous faut, c’est un grand programme socio-démocrate. Aujourd’hui, à part François Hollande, qui reste dans le discours et pas dans l’action, aucun parti n’a de programme de réforme. La droite n’a pas de programme et prie pour que le gouvernement applique le sien, en espérant qu’elle n’aura pas elle-même à le faire. Seule Marine Le Pen a un projet, mais il est suicidaire, d’autant qu’il est fondé sur la sortie de l’euro. Il faut comprendre qu’il ne reste plus que quelques semaines pour lancer les réformes. Ce président et ce gouvernement ont jusqu’à la mi-septembre pour faire des choix très précis et très détaillés. Pas une minute de plus. Ce n’est pas en 2016, année pré-électorale que le gouvernement lancera des réformes ambitieuses. Il y a donc urgence, sinon, le déficit public ne se réduira pas. Concrètement, que feriez-vous si vous étiez au pouvoir ? Je pense qu’il y a quatre réformes à mettre en œuvre très vite. Il faut dynamiser la construction de logement, revenir sur des aides qui soutiennent la demande dans ce domaine et soutenir l’offre en libéralisant la construction. Ensuite, il faut revoir la politique de la formation professionnelle, dont les subsides échappent aujourd’hui aux premiers concernés, les chômeurs. Il faut aussi augmenter la TVA pour financer les déficits publics. Enfin, il faut que l’Europe lance un plan massif d’investissements. Le débat actuel vous rappelle-t-il celui de 1983 sur le « tournant de la rigueur » ? Pas tout à fait parce qu’avant 1983, nous avions déjà fait des réformes de structures. Il s’agissait plus d’un débat de conjoncture. Mais, les deux moments se rapprochent dans le sens où il s’agit dans les deux cas d’une sorte d’heure de vérité. La France est à l’heure de vérité. Ou le président de la République réaffirme solennellement que le pays a choisi la voie de la sociale-démocratie ou la France s’enfonce dans un populisme de gauche destructeur à terme pour le tissu productif et économique. Y-a-t-il une coordination suffisante des politiques économiques au niveau européen? Comme Mario Draghi en convient lui-même, la zone euro souffre d’un déficit de coordination des politiques économiques. L’euro disparaîtra d’ici à 10 ans si les Etats-membres ne vont pas vers une intégration économique plus poussée. Cela passe obligatoirement par un fédéralisme politique. Pour cela, il faut que les Français et les Allemands s’entendent pour faire un saut en avant dans ce domaine. En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/economie-france/conjoncture/0203722780929-jacques-attali-il-ne-reste-plus-que-quelques-semaines-pour-lancer-les-reformes-1035799.php?6zihUJRPKXpJJgfl.99

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