mardi 17 juin 2014

Le FMI pointe les freins à la croissance américaine

L'institution anticipe une hausse du PIB de 2 % en 2014, contre 2,8 % auparavant. Et appelle la Fed à la prudence La directrice du FMI, Christine Lagarde, et le président Barack Obama, à Hawaï en 2011. CHRIS CARLSON/AP Le Fonds monétaire international (FMI) a revu à la baisse, lundi 16 juin, sa prévision de croissance pour les Etats-Unis en 2014, la portant de 2,8 % à 2 %, et il ne croit pas au retour du plein-emploi dans ce pays avant la fin 2017. Dans ce contexte, sa directrice générale, Christine Lagarde, plaide pour " une normalisation progressive des taux d'intérêt ", une façon d'inviter la Réserve fédérale américaine à prendre son temps avant de relever lesdits taux. Cette révision du PIB, faite dans le cadre de la revue annuelle de l'économie américaine, intervient trois mois seulement après la publication du rapport de printemps du FMI sur les " Perspectives économiques mondiales ". Il s'explique par le mauvais chiffre de la croissance au premier trimestre, qui est lié non seulement au froid polaire ayant sévi aux Etats-Unis cet hiver, mais aussi à la diminution des stocks des entreprises, à l'état du marché immobilier et à un ralentissement de la demande adressé à l'économie américaine. Faible productivité Ce trou d'air est jugé " temporaire " par l'organisation internationale qui maintient sa prévision à 3 % pour 2015. Compte tenu des derniers chiffres, plutôt bons, de l'emploi et de la production industrielle, le FMI pense que la croissance devrait rebondir dès le deuxième trimestre 2014 et atteindre en 2015 le niveau de 3 %, soit la plus forte progression du PIB américain depuis 2005. S'ils soulignent le dynamisme de l'emploi, les économistes du Fonds mentionnent aussi le niveau élevé du chômage de longue durée, difficile à entamer, et la stagnation des salaires. La croissance potentielle – de long terme – a été revue à la baisse à 2 %, bien en dessous de sa moyenne historique de 3 % environ, du fait notamment du vieillissement de la population et d'une faible productivité. Autant de " bonnes raisons ", estime le FMI, pour continuer à soutenir l'économie et pour prendre des mesures destinées à accroître la productivité, à encourager l'innovation, à augmenter le capital physique et humain ainsi que le taux d'activité. Les Etats-Unis sont aussi invités à investir dans leurs infrastructures et dans l'éducation et à améliorer l'architecture de leur système fiscal. Ces propositions de réformes sont partagées, pour l'essentiel, par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) qui a rendu public, vendredi 13 juin, son dernier rapport sur l'économie américaine. Mme Lagarde insiste sur la nécessité pour les Etats-Unis de créer plus d'emplois et d'avoir une croissance plus dynamique pour pouvoir réduire la pauvreté qui touche presque 50 millions d'Américains et dont le taux reste bloqué au-dessus de 15 % malgré la reprise. Le FMI prend position en faveur de politiques sociales très critiquées par l'opposition républicaine. Il fait valoir que l'extension récente de Medicaid et l'augmentation des couvertures santé ont été de premières étapes et que leurs effets sur la pauvreté et la santé deviendront de plus en plus manifestes au fil du temps. Au chapitre des dispositifs supplémentaires de réduction des inégalités, la directrice générale suggère d'étendre le bénéfice de la prime pour l'emploi à de nouveaux publics, comme les ménages pauvres sans enfants. De même propose-t-elle d'augmenter le salaire minimum qui représente seulement 38 % du salaire médian, soit l'une des proportions les plus basses des trente-quatre pays membres de l'OCDE. Le FMI a revu à la baisse ses prévisions de chômage et ne croit plus au retour du plein-emploi aux Etats-Unis avant la fin 2017. De ce fait et parce que l'inflation devrait se maintenir en dessous de 2 %, il préconise une " normalisation progressive des taux d'intérêt ", qui sont actuellement proches de zéro et que la Fed devrait, à un moment ou à un autre, relever. Le comité de politique monétaire de la banque centrale se réunit mardi 17 et mercredi 18 juin. Il devrait décider de réduire encore de 10 milliards de dollars ses rachats d'actifs mensuels, qui visaient à soutenir l'activité économique. Mais la fin du troisième programme d'assouplissement quantitatif (Quantitative Easing, QE3) approchant, les marchés sont à l'affût du moindre signe sur un possible relèvement des taux. Dans un tel environnement, le FMI insiste sur le risque de volatilité accrue des marchés financiers et des prix dans les mois qui viennent. Mme Lagarde a souligné le caractère crucial de la communication de la Fed dans ce contexte. Elle invite sa présidente, Janet Yellen, à faire davantage de conférences de presse et suggère même la publication d'un rapport trimestriel sur la politique monétaire. Claire Guélaud

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